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Le bouquet d’asphodèles

Nouvelle écrite en 1992

Inédite

Une nouvelle où se croisent les myosotis du passé, qui ne se laissent pas oublier, et les soucis du présent. Drôle de bouquet. Heureuse ou malheureuse, May Flower ?

Elle se croyait heureuse, mais d’un coup, la nostalgie lui tombe dessus. C’est une femme comblée pourtant. Libre, riche, célèbre, elle fait ce qu’elle veut de son temps et de son cœur. D’où lui vient cette étrange mélancolie ce soir, alors qu’on vient de fêter son succès ? Et pourquoi repense-t-elle si intensément à un passé amoureux disparu depuis longtemps ?

Ce soir, quelque chose de très particulier va arriver. Sa chambre va devenir le théâtre d’un véritable… coup de théâtre !

Présentation

Quand j’écris, il m’arrive parfois d’avoir en tête l’image très vivante d’une personne réelle. Ici, c’est l’actrice Jacqueline Maillan qui incarne ma May Flower. Je la voyais jouer le rôle de mon personnage, j’entendais sa voix, je la voyais rire, sourire, agir et réagir.

« Remède contre le cafard, le chocolat ». Elle ne se souvenait pas d’avoir acheté ce chocolat, cette marque-là, qui lui rappelle son premier amour, le seul qui ait jamais compté, et qu’elle a quitté un beau jour. Pourquoi au fait, pourquoi l’a-t-elle laissé tomber ?

Le chocolat, et même le champagne, qu’elle s’offre dans une dérisoire tentative de se fêter elle-même, n’arrivent pas à chasser les nuages noirs qui s’amoncellent, au point d’obscurcir toute sa tête et de lui faire envisager une sortie en panache, comme tant de vedettes, pour être en première page une dernière fois… Un suicide, coup de théâtre final. Elle ignorait que la vie lui réservait un autre coup de théâtre.

Une nouvelle douce-amère, truffée de rebondissements qui font dévier le cours du récit et l’ambiance de la nouvelle.

Extrait

Vingt ans qu'elle a embrassé la carrière pour le meilleur et pour le pire. Qu'elle a pris ce nom de Flower. May Flower. Comme le bateau. Vingt ans qu'elle s'est lancée à l'assaut de Paris avec pour tout bagage un sourire de gamine et de grands yeux verts. Pour le meilleur et pour le pire… Le pire, c'est d'être phare sous les projecteurs. Seule au milieu des flatteurs, des profiteurs, des aigrefins de tout poil qui gravitent autour d’elle. Le pire surtout, c'est d'avoir quitté Philippe pour ça. May lève les yeux. Pas d'étoiles ce soir. Une grosse lune blême, pas tout à fait ronde. Demain, il lui manquera un morceau de plus. Destin de lune…

De quoi demain sera-t-il fait ? Elle voulait être journaliste, écrire les chroniques mondaines, vivre dans l'ombre des vedettes. Et la voilà vedette elle-même. Son père avait tout fait pour la coincer sous sa houlette dans un bureau du Ministère. Fonctionnaire, May Flower ? A mourir de rire ! A mourir tout court. On n’enferme pas un oiseau des îles…

Elle s'enfonce dans le sofa moelleux, laissant courir son regard sur l'aimable bohème de son appartement, petit cocon secret dans le plus grand désordre… Se ressourcer dans le fouillis sentimental, entre deux tournées, entre deux tournages. Se retrouver. D'où vient ce soir le malaise qui l’étreint ? L’aura de May n'arrive plus à masquer le vide de May. Elle est dans les coulisses et se regarde. Et se trouve moche. Vide. Chrysalide qui flotte au vent. Le papillon s’est envolé. Pourquoi vit-elle ? Pour qui ? L'homme qu'elle aimait a disparu de l’horizon depuis longtemps… Aucun enfant n'est là pour l’appeler maman. Elle est seule.

Vertige d'angoisse, de solitude, de finitude. Fantômes absents. Silence. Faille. Cassure irrémédiable du temps qui passe. Un parasite est entré dans sa sphère. Que lui arrive-t-il, ce soir ? C'est bien la première fois. Un seul remède contre les papillons noirs : le chocolat. Son péché mignon, délicieux responsable de ces rondeurs qui font son charme. Trêve de mélancolie, elle va s'offrir une de ces tartines à la praline qui lui font la vie belle.