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Le jour de la marelle

Nouvelle écrite en 2006

Publiée dans la revue Reflets Wallonie-Bruxelles

Une nouvelle qui met en scène des enfants autour d’un innocent jeu de marelle, une dispute qui tourne mal.

Julos, l’enfant terrible du village et la narratrice, une petite fille solitaire, l’une observant l’autre à longueur de journée… Ce jour-là, le jour de la marelle, Éliane et Martinette étaient venues jouer devant la fenêtre de notre solitaire, et Julos, l’intrépide emmerdeur, s’en était mêlé. Une fois de plus. Une fois de trop.

Finaliste au concours de l’AREW sur le thème « Jeux d’autrefois »

Présentation

Julos était un petit sacripant, qui s’amusait à taquiner les filles et dénicher les œufs. Le jour de la marelle, justement, il s’en est pris à Éliane et Martinette, et une des fillettes a disparu… Qu’est-il arrivé ?

L’algarade avait duré un moment, autour du palet volé, il y avait eu des sarcasmes, des poursuites, et l’une des enfants, celle qui avait réagi, n’est pas revenue.

La fillette solitaire aurait beaucoup à dire, car elle a vu une partie de la scène et a imaginé la suite.

Extrait

Le jour de la marelle… Une journée comme les autres. La matinée s’avançait tranquillement, le soleil jouait dans la glycine le long de la gouttière. Les moineaux pépiaient de-ci de-là. Un chat se chauffait au soleil... J’étais rentrée en entendant arriver Éliane et Martinette, qui parlaient toujours si fort qu’on les entendait arriver de loin. J’avais plié bagages, ordonné l’exil à mes billes, l’ennemi arrivait, nous battions en retraite. Rentrée chez moi, j’ai pris mon poste d’observation habituel derrière mon rideau. J’ai vu les fillettes poser leur palet à terre et discuter pour savoir laquelle allait commencer. Comme elles n’arrivaient pas à se mettre d’accord, elles ont décidé de poter.

Avec une de ces ritournelles idiotes, qui sonnaient à nos oreilles d’enfants comme des formules magiques. Une petite tomate toute rouge, qui sort de la Croix-Rouge, quelle couleur a-t-elle sur elle ?

Éliane a lancé le palet et entamé le délicat périple à cloche-pied en direction du ciel tracé à la craie sur le pavé. Elle visait bien et le palet tombait chaque fois dans la case voulue. Martinette se mordait les lèvres et guettait la défaillance, qui n’arrivait pas. Le palet tombait juste, Éliane sautait juste, se baissait sans perdre l’équilibre pour ramasser le précieux objet et Martinette faisait la moue. Elle finit par s’asseoir sur le seuil de la maison de Julos, boudeuse.


Il n’en fallait pas plus pour faire sortir le diable de sa boîte. Il jouait au bilboquet à la fenêtre pour bien montrer son habileté. Éliane faisait celle qui ne l’avait pas vu. Il sortit en trombe alors et fit déguerpir illico presto la fillette assise sur son seuil.
- Tu vas salir la pierre, sale pisseuse, fous le camp de là !
- Et pourquoi ?
- Parce que t’es qu’une pisseuse ! Martinette, tinette, qui fait une mare dans la tinette ! Ou à côté, car elle sait pas viser…

Mortifiée, la petite fille s’éloigna en prétextant n’importe quoi. Alors, Julos s’en prit à Éliane. Il lui chipa le palet et fila à toute allure par le sentier herbeux en direction du bois, Éliane sur les talons. Moi, je n’aurais pas osé, elle n’avait pas froid aux yeux, Éliane ! Qu’allait-elle faire ? Se battre ?!